Des cris. Quelques pleurs. Tout le monde court dans tous les sens.
Poursuites. Attaques. Un groupe rit aux éclats en se disant des messes basses.
Je suis appuyée contre le mur. Et je me sens en dehors de cette dépense d’énergie inutile. Et pourtant je les observe. Avec attention, religion presque.
Je porte cette robe verte pomme avec un serre tête assorti. Je me trouve ridicule, mais les autres ne se moquent plus depuis longtemps. Ils l’ont déjà vue de nombreuses fois.
Je dois avoir 7 ou 8 ans, je ne sais plus.
C’est un mardi.
Juliette s’avance vers moi. C’est une jeune femme qui surveille les recréations. Je ne sais pas pourquoi, à chaque fois qu’elle me voit, elle me regarde avec une sorte de tristesse.
“Pourquoi ne joues-tu pas avec les autres ?”
Moi même je n’ai pas encore les mots pour m’exprimer. Ces enfants de mon âge m’ennuient. Je les trouve stupides et terriblement animaux à ainsi courir et hurler. Je préférerais rester dans la salle de classe et lire ou faire des puzzles. Mais ma proposition n’a pas plu.
Je regarde Juliette, un peu gênée de ne pas réussir à trouver les mots. Je hausse les épaules.
C’est alors que, grave, elle me pose cette question. LA question dont je me suis reprochée si souvent la réponse.
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Quelques jours plus tôt, j’avais emprunté dans la pile de journaux, à la maison, un Géo sur l’Italie et Pompeii.
Ces photos m’avaient fascinée. Le concept d’une ville gardée intacte dans la cendre.
Pendant des heures et des heures je m’étais demandée dans quelle posture j’aurais aimé être gardée pour l’éternité. Et j’avais envie de les voir, de les toucher, ces pauvres gens qui s’étaient fait piéger. J’avais l’impression d’être connectée à eux. On a parfois des pensées étranges à cet âge.
J’avais donc demandé à mes parents d’aller là bas. Et ils avaient refusé. Un jour peut être, mais on irait chez les grand-parents à la Toussaint. Et l’argent ne poussait pas dans les arbres.
L’argent on en avait pourtant. On en utilisait au supermarché pour acheter les corses toutes les semaines. Ils me mentaient. Je les détestai. Ils me traitaient comme une idiote. Si mentir était autorisé, très bien, je le retiendrais.
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Juliette reposa sa question, car je n’y avais pas répondu. J’étais trop occupée à réfléchir à ce que j’allais répondre.
“Celestine, tu as l’air triste. Est-ce que tes parents s’occupent bien de toi ? Ou bien est-ce qu’ils te font du mal parfois”.
Je ne comprenais pas bien pourquoi cette question, ni pourquoi ce jour là. J’apprendrais plus tard que Juliette étudiait la psychologie et voyait des cas appliqués partout autour d’elle.
“oui”, ai-je répondu. Doucement, calmement, froidement. “Mes parents me frappent parfois”.