Le vent dans mes ailes grises

Il est 2 heures de la nuit, et je n’arrive pas à dormir.

Le vent m’a toujours fascinée. Je me souviens que je pouvais passer des heures, petite, sur n’importe quel promontoire à me faire frapper par le vent.
Mon ciré claquait, mes cheveux devenaient une marée d’âmes cherchant à s’enfuir d’un cataclysme imminent, le vent s’engouffrait dans mes manches, me saisissait, me prenait, et je gardais les yeux au ciel, victime immobile et consentante, je cherchais à ressentir le vent de tous mes sens. Sur chaque centimètre de ma peau.

A force de le ressentir dans chaque pore, je finirais bien par devenir vent. On n’est pas sérieuse quand on a 7 ans.

Mon père m’avait raconté les histoires de la mythologie grecque (par quel truchement, aucune idée), alors je devenais demie-déesse. Fille d’Eole et d’un ou d’une mortel(le). J’étais là par accident. Je n’étais pas de la même espèce que mes parents, ça ne faisait pas de doute. Déjà, à cet âge, ils représentaient pour moi un malaise, une race alienne qui ne percevait pas les mêmes choses que moi, qui essayait de m’inculquer des valeurs et des morales que je ne comprenais pas.
Aimer les autres no matter what. Je veux bien, mais pour quelle raison ? Qu’avaient-ils fait pour moi ?
Non, définitivement, j’étais terriblement plus à l’aise avec le berger belge du voisin.
Qu’on me demande d’aimer tous les chiens, oui, avec plaisir, mon prochain beaucoup moins.

Un chien est vrai, il est cohérent. Il suit ses instincts, ses envies, il connaît son maître et fait comprendre ses sentiments. L’humain se décode après tellement d’années de pratique que la plupart d’entre vous est toujours incapable de comprendre des motivations même basiques chez vos parents, enfants, ou amis.

Je dis “vous” parce qu’à 7 ans, “Vous” n’étiez pas “moi”. Le monde se divisait en moi, et en les Autres. Je ne comprenais pas ce que je faisais au milieu d’entre vous.

Alors j’attendais.

Encore.

Toujours.

Le vent qui longe tellement mes oreilles que je n’entends plus que des clacs sonores.

Mes yeux qui pleurent, parce que je ne veux pas les fermer. Je regarderai le ciel gris sans broncher, sans fléchir. Pour devenir vent, je ne dois pas être peureuse.

Et j’attends de m’envoler, de m’élever, de quitter cette terre qui ne me correspond pas.

Oui, dans quelques instants, je serai cette cavalcade invisible, et je serai bourrasque, entre deux fenêtres laissées ouvertes, je ferai ployer les herbes et les fleurs, sans les casser, je monterai à-pic, exaltée, heureuse comme une toupie folle, illimitée, infinie, omniprésente, dans la forme que j’ai toujours senti mienne. Je suis âme, je sais tout, et pourtant, tout savoir est inutile, puisque je suis. Je perçois, mais je n’ai plus de sens.

Et au bout d’un temps qui paraît une éternité, alors que je flotte, je vois une petite fille là bas, dans ce jardin… je le connais… il me rappelle… il y a longtemps…

Et j’ouvre les yeux. Je suis toujours là, dans le jardin de ce pavillon de campagne. Et je me sens triste. Et seule. Comme si j’avais perdu quelque chose de très important, d’essentiel.

Encore aujourd’hui, je choisis des vêtements longs, qui s’envolent, plus légers que moi, bloquée par cette putain de gravité. Et quand je marche dans Paris, j’emprunte les voies et les ponts où je sais qu’il y aura du vent. C’est pour cela que j’aime à me balader sur les marches de la BNF la nuit. Et je ferme les yeux, nostalgique.

Cette entrée a été publiée dans inepties et babillages. Ajouter aux Favoris le permalien.

Une réponse à Le vent dans mes ailes grises

  1. Régis dit :

    Si ça se trouve t’es une extra-terrestre. T’as déjà eu des expériences bizarres qui pourraient te laisser croire que tu as des pouvoirs ? :D

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Twitter picture

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s